Le temps de l'Avent est marqué par la figure de Marie qui attend son enfant... Mais nous, qu'attendons-nous
L'Avent est un temps d'attente, et c'est pourquoi on
peut considérer ce temps liturgique comme un temps de gestation. Mais
ce temps est marqué par la figure de Marie, la femme qui attend la
naissance de Jésus : or la Tradition voit dans la personne de Marie en
attente de la naissance de Jésus, une figure de l’Église qui attend la
réalisation des promesses.
C'est ce qui peut nous inviter à
considérer l’Église comme un corps en gestation. Qu'est-ce que l’Église
attend vraiment ? Ici il faut ajouter aussitôt, qu'en parlant de
l’Église, on considère non pas une institution extérieure, sociale et
politique, comme on parlerait d'un syndicat, d'un parti politique, ou
d'une région, mais l'ensemble des chrétiens, et donc nous-mêmes, chacun
comme membres du corps.
L'attente de la naissance du Seigneur
La
phrase qui va guider cette réflexion est une parole du Magnificat dont
la traduction liturgique (Luc 1, 38) est : Marie dit alors : "Voici la
servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole".
Alors l'ange la quitta. L'Avent est un temps, où, pour une part, mais
pour une part seulement, l'Eglise fait mémoire de l'attente de la
naissance du Sauveur dans la chair. En effet, c'est un aspect de
l'Avent, d'être un temps de préparation à Noël.
Et
en parlant ainsi, je pense que pour beaucoup de chrétiens, Noël est
perçu d'abord comme la fête de la naissance de Jésus à Bethléem, même si
la date du 25 décembre n'est pas forcément la date anniversaire de
l'événement historique de la naissance de Jésus.
Or
le cycle Avent-Noël- Épiphanie est moins la mémoire de la naissance de
Jésus qu'une grande célébration de la manifestation du Seigneur. Le mot
Épiphanie renvoie à celui de manifestation. Mais qu'est-ce qui se
manifeste au juste ?
Dieu se rend visible à nos yeux
Dieu
l'invisible, l'éternel, celui qui peut dire en toute vérité " je suis
Dieu, et non pas homme" se fait homme parmi les hommes, l'un d'entre
nous. Il entre dans notre histoire et fait donc de l'histoire humaine un
temps de gestation. C'est pourquoi l'Avent nous rappelle que le temps
que nous vivons, depuis la naissance du Christ à Bethléem, mais surtout
depuis sa mort et sa résurrection, est un temps de gestation.
Il
faut donc avoir présent à l'esprit que dans le plan de Dieu, c'est
toute l'histoire du Salut, l'aventure de Dieu avec les hommes, qui est
un temps de gestation. En effet, la phrase "Je suis Dieu, et non pas
homme" (un texte qui est lu pour la fête du Sacré-Coeur) doit être mise
dans son contexte. "Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne
détruirai plus Israël, car je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de
vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer" (Osée
11,9). La venue de Dieu parmi les hommes est une histoire de salut. Dieu
au milieu de nous est une bonne nouvelle et non le signal d'un danger.
On comprend alors que durant le temps de Noël, plus précisément le 27
décembre, le jour où l’Église fait mémoire de l'apôtre Jean, la liturgie
fera résonner le début de la première lettre de saint Jean :
"Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c'est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s'est manifestée, nous l'avons contemplée, et nous portons témoignage : nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s'est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et c'est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie" (1 Jean 1, 1-4).
"Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c'est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s'est manifestée, nous l'avons contemplée, et nous portons témoignage : nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s'est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et c'est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie" (1 Jean 1, 1-4).
Un temps de joie
L'Avent
et Noël font donc mémoire de la manifestation de Dieu dans l'histoire
des hommes et c'est pourquoi effectivement, il est juste de parler de ce
temps comme un temps de joie. Mais la joie ne vient pas tellement de la
naissance de l'enfant, que de ce qu'elle signifie : Dieu avec nous,
comme on l'entendra le 4e dimanche de l'Avent pendant la lecture de la
prophétie d'Isaïe 7. Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici
que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on
l'appellera Emmanuel, (c'est-à-dire : Dieu-avec-nous) (Isaïe 7,14).
Première
conséquence pour notre réflexion : si l’Église est en gestation, c'est
d'abord parce que Dieu est venu à la rencontre de l'humanité. Depuis que
Dieu est entré dans l'histoire des hommes - et c'est le sens des
alliances de l'Ancien Testament, avec Abraham, avec Moïse, et surtout
depuis que Dieu, en Jésus de Nazareth, s'est manifesté dans la chair -
le monde est en gestation.Et qu'est-ce qui est en train de naître ? La
joie d'une rencontre, la joie de Dieu qui découvre en Jésus l'humanité
accomplie, la joie de l'homme qui découvre en Jésus la promesse que Dieu
lui faite.
Dire que l’Église est en gestation,
c'est donc en fait se laisser décentrer en tournant nos regards vers
Dieu qui est venu à la rencontre de l'humanité. S'il peut y avoir
gestation, c'est parce que Dieu prend l'initiative, que dans sa
miséricorde, il a décidé de faire alliance.Mais là encore, il ne faut
pas réduire le temps de l'Avent à cet aspect seulement.
La venue du Christ à la fin des temps
En
réalité, le temps de l'Avent est moins un temps où l'on fait mémoire de
la naissance de Jésus dans la chair, qu'un temps où l’Église oriente
nos regards vers la venue du Christ à la fin des temps. Adventus en
latin signifie venue, mais une venue dont la naissance à Bethléem était
la première réalisation, qui surtout annonçait la venue plénière à la
fin des temps.
Dans un texte célèbre - le cinquième
sermon pour l'Avent - un texte qui est lu à l'office durant ce temps de
l'Avent, saint Bernard explique qu'il n'y a pas une seule venue, celle
de Jésus, qui vient au monde après avoir été porté par Marie en son sein
durant neuf mois, mais trois venues que l'on décline comme le tiercé
dans le désordre : 1, 3 et enfin 2.
La première,
c'est donc la naissance de Jésus à Bethléem il y a un peu plus de 2000
ans. Dieu s'est fait homme parmi les hommes. La troisième venue, c'est
l'attente du retour du Christ dans la gloire. Nous le chantons au cœur
de l'Eucharistie : "nous attendons ta venue dans la gloire".
La
gestation dont nous faisons mémoire durant l'Avent, ce n'est pas
seulement celle de Marie, mais celle du Royaume. On sait que dans
l’Évangile, Jésus parle du Royaume de Dieu avec des images, la graine de
moutarde, la levure qui fait lever la pâte : des images qui disent la
gestation du Royaume. Si l'on peut dire que l’Église est en gestation,
c'est parce qu'elle attend et prépare le Royaume dont elle est déjà une
certain réalisation.
C'est pour cela que la fin de
l'année liturgique rejoint le début. Ce que nous avons célébré le
premier dimanche de l'Avent et ce que nous avons célébré lors de la fête
du Christ Roi de l'univers, se rejoignent intimement : l’Église attend
la réalisation du Royaume de justice et de paix inauguré par la Pâque du
Christ.
Rester dans la vigilance
Mais
entre la première et la troisième venue, il y en a une deuxième. Et ce
temps intermédiaire, c'est aujourd'hui. Chaque jour, le Seigneur vient,
si nous l'accueillons. Et c'est pourquoi, le premier dimanche de l'Avent
est placé sous le signe de la vigilance : la vigilance, c'est la vertu
par excellence d'une Église en gestation. Un chant (tropaire) pour la
fête du Christ Roi peut nous aider à comprendre ce temps de veille.
"Amour qui nous attends,
au terme de l'histoire,
ton Royaume s'ébauche,
à l'ombre de la croix ;
déjà sa lumière,
traverse nos vies.
Jésus, Seigneur, hâte le temps.
Reviens, achève ton œuvre !
au terme de l'histoire,
ton Royaume s'ébauche,
à l'ombre de la croix ;
déjà sa lumière,
traverse nos vies.
Jésus, Seigneur, hâte le temps.
Reviens, achève ton œuvre !
Quand verrons-nous ta gloire transformer l'univers ?
Jusqu'à ce jour, nous le savons,
la création gémit en travail d'enfantement.
Nous attendons les cieux nouveaux
la terre nouvelle,
où régnera la justice.
Nous cheminons dans la foi,
non dans la claire vision,
jusqu'à l'heure de ton retour."
Jusqu'à ce jour, nous le savons,
la création gémit en travail d'enfantement.
Nous attendons les cieux nouveaux
la terre nouvelle,
où régnera la justice.
Nous cheminons dans la foi,
non dans la claire vision,
jusqu'à l'heure de ton retour."
CFC (s. Marie-Claire)
On
peut encore ajouter ici que les biblistes soulignent qu'en hébreu, la
racine (ChaQaD) renvoie à la fois au verbe " veiller" et à un arbre,
l'amandier. On trouve notamment ce rapprochement au premier chapitre du
livre du prophète Jérémie : "La parole du Seigneur me parvint : Que
vois-tu, Jérémie ? Je répondis : je vois une branche d'amandier. Tu as
bien vu ; car je veille sur ma parole pour l'accomplir". (Jérémie 1,
11-12)
L'amandier est le premier arbre à se mettre à
fleurir. Le veilleur, c'est donc celui qui annonce le printemps. C'est
celui qui attend, dans la confiance aimante, que la vie refleurisse.
C'est aussi celui qui à force d'attente, d'attention, devient capable de
discerner les signes de la vie et de la lumière au cœur de l'hiver, du
froid et de la nuit.

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